Partager l'article ! 2011 Année Mondiale Vétérinaire: Il y a 250 ans naissait par édit royal signé à Versailles, en ...

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Il y a 250 ans naissait par édit royal signé à Versailles, en France, la profession vétérinaire, via ses deux premières écoles créées en France: Lyon et Alfort.
Claude Bourgelat, fils d'un notable lyonnais, est âgé de 28 ans en 1740 lorsqu'il obtient du Comte d'Armagnac, Grand Ecuyer de France, le brevet d'Ecuyer du Roi et la direction de l’Académie d’équitation de Lyon. Il s’agissait alors d’une école où les jeunes nobles apprenaient l'art équestre et l'escrime mais aussi, les mathématiques, la musique et les "bonnes manières".
Quatre ans plus tard, il publie son premier ouvrage : le Nouveau Newcastle ou Nouveau traité de cavalerie. Cette publication originale et pédagogique présente une nouvelle approche de l’art équestre et lui confère rapidement une notoriété considérable, certains n'hésitant pas à le proclamer dès lors premier Ecuyer d'Europe.
Au sein de l’Académie d’équitation, Bourgelat institue une école de maréchalerie. Elle a pour but de dispenser un enseignement sur l’art de ferrer correctement les chevaux et de soigner les maladies des pieds.
Il mentionne déjà son désir de fonder un enseignement vétérinaire dans le premier tome de son second ouvrage paru en 1750 : les Élémens d’hippiatrique. Dans la préface, il écrit en effet : « Ceux qui se destinent à cultiver l’hippiatrique n’acquerront jamais le degré suffisant d’instruction tant qu’on ne formera point d’établissements, qu’on n’ouvrira pas d'Ecoles pour les instruire.»
Son projet initial d’école vétérinaire échoue toutefois dans le cadre de l’Académie d’équitation, faute de soutien de la part des autorités municipales. Il lui faudra attendre l'arrivée en 1754 d'un nouvel Intendant de la Généralité de Lyon, Henry-Léonard Bertin, pour que l'idée puisse reprendre son essor.
Bourgelat participe activement à la vie des sciences en France dans la seconde moitié du XVIIIème siècle.
La publication des "Élémens d'hippiatrique" le hisse au premier rang des auteurs de l'époque dont il se démarque par une méthodologie scientifique remarquable. Il l'a acquise à la faveur de sa fréquentation des chirurgiens lyonnais avec lesquels il a revu l'anatomie du cheval en apprenant à disséquer avec eux.
Grâce à cet ouvrage, il est nommé, en 1752, membre correspondant de l'Académie des sciences de Paris. Diderot et d'Alembert lui proposent alors de collaborer à l'Encyclopédie pour y rédiger désormais tous les "articles qui concernent le manège, la Maréchalerie et les Arts relatifs". Après avoir corrigé les contributions des auteurs précédents, il signe en 1755 le premier de quelques deux cent cinquante articles.
Son œuvre permet à Bourgelat de sortir du cercle de ses relations lyonnaises. Il gagne ainsi notamment l'amitié, et parfois même l'appui, de Malesherbes et de Voltaire.
Alors qu'il se trouvait en charge de l'Intendance de la Généralité de Lyon de 1754 à 1757, Henri-Léonard Bertin se lie d'une profonde amitié avec Bourgelat. Il lui apportera par la suite un puissant et indéfectible soutien.
A son départ de Lyon, Bertin est nommé Lieutenant Général de la Police à Paris et devient vite un protégé de Madame de Pompadour. La même année, Bourgelat est promu Inspecteur des Haras de la Généralité de Lyon.
En 1759, Bertin devient Contrôleur Général des Finances. L'année suivante, grâce également à l'intervention de Malesherbes, Bourgelat obtient le poste de Censeur et Inspecteur de la Librairie de Lyon.
En 1761, le gouvernement de Louis XV souhaite encourager la lutte contre les maladies du bétail, la protection des pâturages et l'instruction des paysans. Bertin devint le promoteur du mouvement de réforme agricole engagé par le Roi. Il propose en particulier la création d'une école vétérinaire à Lyon dont la direction est confiée à Bourgelat.
En 1762, Louis XV confère à Bertin le titre de Ministre d'Etat et lui ouvre l'accès au Conseil d'Etat du Roi. Deux ans plus tard, un arrêt royal désigne Bourgelat comme " Directeur et
Inspecteur Général de l'Ecole Vétérinaire de Lyon et de toutes les Ecoles vétérinaires établies et à établir dans le royaume " puis comme " Commissaire Général des Haras du
Royaume ".
En 1765, Bertin favorisa encore la création de l'Ecole d'Alfort. Il apparaît donc bien comme le co-fondateur de la profession vétérinaire.
Pendant son séjour à Lyon, Bertin avait été convaincu par Bourgelat du bien-fondé de la création à Lyon d'une École vétérinaire.
En juillet 1761, il soumet d'abord le projet à La Michodière, son successeur à l'Intendance de la Généralité, qui émet un avis favorable. Puis, à la faveur de ses hautes fonctions, il s'en fait l'avocat auprès de Louis XV.
Le 4 août 1761, un arrêt du Conseil d'État du Roi autorise Bourgelat à "ouvrir une École où l'on enseignerait publiquement les principes et les méthodes de guérir les maladies des bestiaux". Elle accueille ses premiers élèves en février 1762.
Bourgelat, inquiet pour l'avenir financier de son établissement, souhaite alors qu'elle bénéficie d'une reconnaissance encore plus officielle. Bertin attend cependant que l'Ecole commence à faire la preuve de son efficacité.
Convaincu par les premiers succès obtenus sur le terrain par les brigades d'élèves dans la lutte contre les épizooties, il demande au Roi d'accorder à Bourgelat une nouvelle marque de confiance.
Le 3 juin 1764 un nouvel arrêt du Conseil d'Etat du Roi confère à l'établissement lyonnais le titre d'Ecole Royale Vétérinaire. Elle sera plus tard Impériale avant de devenir Nationale.
Pour Bertin, la fondation de l'Ecole de Lyon ne constituait qu'une étape dans son projet d'assainissement de l'élevage français. Bourgelat nourrissait aussi l'espoir de multiplier les écoles vétérinaires dans les provinces de France mais rêvait également que son expérience franchisse les frontières.
En 1765, il reçut l’ordre de Bertin de créer une école à Paris. Elle s’installa à Alfort, à la confluence de la Marne et de la Seine. Le domaine comprenait un château ainsi que ses dépendances, le tout placé dans un parc de 10 hectares. Il fut aménagé par l’architecte Soufflot. L'Ecole "cadette" ouvrit ses portes en octobre 1766 et Honoré Fragonard en devint le premier directeur tandis que Bourgelat veillait, comme Inspecteur général des Ecoles vétérinaires, sur ses deux créations.
L’Ecole d’Alfort dispensait trois enseignements différents : celui destiné aux futurs vétérinaires, celui dispensé aux inspecteurs des haras et enfin un enseignement spécifique destiné aux vétérinaires militaires.
C’est aujourd’hui encore le site de l’Ecole vétérinaire d’Alfort, plus ancienne Ecole vétérinaire au monde à être demeurée dans ses murs d’origine.
Près d'un siècle avant que Rayer ne fonde la "pathologie comparée", Bourgelat, éclairé par la pensée des naturalistes de son époque et inspiré par sa collaboration avec les chirurgiens lyonnais, avait déjà jeté les bases du concept moderne de "biopathologie comparée".
Deux citations de son "testament philosophique", les Règlements pour les Ecoles Royales Vétérinaires parus (deux ans avant sa mort) en 1777, suffisent à le démontrer :
"Les portes de nos Ecoles sont ouvertes à tous ceux qui, chargés par Etat de veiller à la conservation des hommes, auront acquis, par le nom qu'ils se seront fait, le droit d'y venir interroger la nature, chercher des analogies et vérifier les idées dont la confirmation peut être utile à l'espèce humaine".
"Nous avons connu l'intimité des rapports qui existent entre la machine humaine et la machine animale, rapports qui sont tels que l'une et l'autre médecine s'éclaireront et se perfectionneront mutuellement, lorsque, renonçant à un ridicule et funeste préjugé, on cessera d'appréhender de se dégrader et de s'avilir en considérant la nature des animaux, comme si cette même nature et le vrai n'était pas toujours et partout dignes des recherches de quiconque sait observer et penser".
Sans avoir jamais enseigné ni pratiqué lui-même, Bourgelat se consacra à l'administration des écoles vétérinaires jusque dans les moindres détails.
Il rédigea notamment de nombreux textes réglementaires. La bonne moralité des élèves représentait pour lui une priorité. Il souhaitait en faire des hommes honnêtes et instruits et soulignait sans cesse le bien que le pays pouvait ainsi attendre d'eux.
Une citation extraite des " Règlements pour les Ecoles Royales Vétérinaires ", qui pourrait opportunément servir de préambule à notre Code de Déontologie moderne, révèle parfaitement les préoccupations éthiques du visionnaire fondateur de la profession vétérinaire :
"Toujours imbus des principes d'honnêteté qu'ils auront prisés et dont ils auront vu des exemples dans les Écoles, ils ne s'en écarteront jamais ; ils distingueront le pauvre du riche, ils ne mettront point à un trop haut prix des talents qu'ils ne devront qu'à la bienfaisance du Roi et à la générosité de leur patrie, enfin ils prouveront par leur conduite, qu'ils sont tous également convaincus que la fortune consiste moins dans le bien que l'on a que dans celui que l'on peut faire."
Membre correspondant de l'Académie des Sciences de Paris, rédacteur de l'Encyclopédie, Censeur et Inspecteur de la Librairie de Lyon, Bourgelat n'a pas seulement acquis l'estime et l'amitié d'un grand homme politique comme Bertin et de grands penseurs comme Malesherbes, Diderot, d'Alembert et Voltaire grâce à sa valeur scientifique. Il était profondément imprégné des valeurs des grands courants d'idée de son siècle. Dans chacune de ses publications, on trouve des réflexions qui vont bien au delà des préoccupations techniques et médicales et qui marquent sa quête de la Vérité.
"Au surplus, nous ouvrons simplement des voies. D'autres que nous reculeront les bornes auxquelles nous nous seront arrêtés."
"Ce n'est qu'en ouvrant et en feuilletant le livre de la Nature même que nous acquerrons des connaissances certaines ; à peine se seront-elles montrées à nous que tout prestige et toute illusion cesseront; nous ne chercherons à opérer que sur des vérités, qu'à en saisir le fil, qu'à les suivre aussi loin qu'elles pourront s'étendre."
Quelle plus bel éloge eut pu lui être fait à cet égard que ces mots que lui écrivit Voltaire en 1771 :
"J'admire surtout votre modestie éclairée…Plus vous savez et moins vous assurez. Vous ne ressemblez pas à ces physiciens qui se mettent à la place de Dieu et qui créent un monde avec la parole. Vous avez ouvert, Monsieur une nouvelle carrière par la voie de l'expérience ; vous avez rendu de vrais services à la société : voilà la bonne physique."
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