La publication récente par les très sérieuses revues scientifiques "Science" et "Nature", revues dans lesquelles tout chercheur rève de publier, d'articles dans lesquels ces revues se
posaient la question de déterminer la manière de publier certaines informations scientifiques pose (enfin) un vrai problème: les scientifiques peuvent ils tout faire, et surtout tout pubiler?
"La direction éditoriale de la revue Science prend très au sérieux la demande du Bureau national américain de la science pour la biosécurité (National Science
Advisory Board for Biosecurity ou NSABB) de ne publier qu'une version abrégée du rapport de recherche sur une souche du virus H5N1 de la grippe aviaire",
indique-t-elle dans un communiqué. Il s'agit des travaux du laboratoire néerlandais dirigé par le professeur Ron Fouchier au centre médical Erasmus de Rotterdam, qui avait annoncé en septembre
avoir créé un virus mutant H5N1 potentiellement capable, pour la première fois, de se transmettre facilement entre mammifères et
notamment entre hommes.
En 2005 déjà, des scientifiques avaient reconstitué et publié le génome du virus de la fameuse et destructrice grippe de Honk-Kong de 1918, suscitant de la part de certains (dont modestement je
fais partie) des réactions qui ne purent s'exprimer qu'à l'occasion de cours ou de conférences diverses...
Car de fait la question se pose bien: faut il autoriser (ou plutot laisser faire) certaines des recherches qui se font aujourd'hui, et lorsqu'elles aboutissent faut il les publier, sachant qu'une
publication scientifique digne de ce nom oblige à fournir l'ensemble des informations techniques qui ont permis l'aboutissement d'un projet?
L'enseignant-chercheur que je suis a tendance à penser que toute recherche qui permet d'améliorer la santé publique, la prévention, ou la cure de telle ou telle maladie doit pouvoir etre mise en
oeuvre. Si la "synthèse" artificielle d'un H5N1 devenu transmissible inter-espèces et surtout hautement pathogène pour l'Homme permet de progresser en matière de traitements ou de vaccins...tant
mieux bien sur !
Mais...le vétérinaire pompier que je suis aussi, en charge de quelques petites choses dans le domaine des risques biologiques et de leurs impacts en terme de sécurité civile, ne peut s'empécher
de se dire que dans l'exemple évoqué ci-dessus, qui fait l'objet de l'actuel débat, on a certes démontré qu'il était possible pour un virus de muter jusqu'à passer d'un stade quasi inoffensif à
un stade mortel...on a réellement créé ce virus...et on oublie de préciser que si la nature était capable de le faire par elle-meme, la probabilité qu'elle y parvienne naturellement était des
plus infime de chez infime!
Alors oui la question se pose, et ce meme si je respecte au plus haut point les options "pro" poussées actuellement par certains de mes camarades chercheurs en virologie.
La littérature scientifique m'a déjà souvent surprise, qui donne la "recette" pour fabriquer un virus de la poliomyélite (2003), ou celle qui permet de faire d'un virus "pox" murin un virus
hautement pathogène pour une autre espèce (alors pourquoi pas l'Homme, surtout quand on sait que le "pox" dont on cause est celui de la variole...). Certes, comme le rappelle mon ami Jean Claude
Manuguera (Institut Pasteur), et il a raison, ce genre de "manip" est des plus compliquée et requiert un matériel hautement sophistiqué. Je n'en disconviens pas, ce n'est pas une organisation
terroriste lambda qui va pouvoir se saisir de telles données et nous produire le virus qui ravagera la planète! Mais quid d'un état célérat, d'un pays qui sous couvert d'activités biologiques
médicales et à petit bruit mettrait en place de tels dispositifs et serait en capacité de valoriser la recherche à finalité salvatrice des autres, celle qui une fois publiée est à la disposition
de tout un chacun ?
Oui je crois que la question se pose et doit se poser, qu'il incombe aux états d'y réfléchir et de fixer des limites, ou des normes de publication telles que celles qui peuvent régir le secret
défense par exemple. Etant chercheur moi-meme (je préfère me qualifier de développeur, ne voulant pas faire honte aux vrais chercheurs et aux vrais scientifiques de haute volée), je conçois la
frustration qu'on peut percevoir de se voir ainsi "encadré"...mais la recherche a émis et respecte des règles éthiques louables et lourdes en matière de respect de l'animal par exemple...alors ne
pourrait elle en édicter qui touchent à ces aspects?
Je passerai sous silence ici d'autres problématiques sécuritaires qui existent dans le domaine de la recherche biologique à risques: faut il par exemple continuer d'implanter de tels laboratoires
en milieu urbain alors que sans nul doute ils seraient mieux positionnés en zones désertiques (en plus le soleil est un anti-viral de premère qualité en cas de fuite)? Ne peut on envisager la
mise en place de commissions de sécurité lorsqu'on ouvre un tel laboratoire (lequel obéit à des textes certes, et à un guide de bonnes pratiques...), alors meme que celle-ci doit se prononcer sur
la nature d'un chapiteau de cirque ou d'une tribune provisoire (à raison bien sur!)?
Il est rare que je m'exprime ainsi sur mon blog, mais je tenais à le faire sur ce sujet. J'espère que cette démarche sera bien comrpise, car elle ne vise ni à attaquer, ni à remettre en cause le
travail de biologistes médicaux de grande pointure dont nombre sont d'ailleurs vétérinaires. mais je reste convaincu qu'un débat de fond et de forme se doit d'etre ouvert, et que l'expertise liée
au risque biologique est l'affaire de tous, car ce risque est le seul qui soit sur terre de nature...planétaire!
Jeudi 22 décembre 2011
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Par DOMINIQUE
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Publié dans : Formation-Information